Sur la protection de l’enfant et l’emballement médiatique
La semaine dernière, plusieurs journaux ont publié sous la rubrique Actualité en bref un article comparable à celui diffusé dans la presse allemande: «dpa – Retournement de situation spectaculaire dans l’enquête sur l’ancien orphelinat de l’île de Jersey en Grande-Bretagne: selon les derniers résultats de l’enquête, aucun meurtre n’aurait été commis dans l’orphelinat. D’ailleurs, une enquête pour meurtre n’a pas été ouverte par la police, d’après les explications mercredi à Jersey du nouveau chef de l’enquête, David Warcup. Parallèlement, l’inspecteur en chef a présenté ses excuses concernant les fausses déclarations faites par son prédécesseur, Lenny Harper. Cet ancien enquêteur, à la retraite depuis le mois d’août, avait conclu que jusqu’à cinq enfants auraient été assassinés et leurs corps mutilés, suite à la découverte d’ossements dans la cave de cet orphelinat.» Une explication plus approfondie est donnée dans un article publié dans le journal allemand, le FAZ. Il y est écrit qu’une première information s’est basée sur les découvertes spectaculaires provoquant un véritable raz de marée dans le paysage médiatique européen au mois de février de cette année. En voici quelques-uns des gros titres alors publiés: «Meurtres dans l’orphelinat de l’horreur», «Les chambres d’horreur de Jersey», «Découvertes macabres dans un orphelinat de l’île de Jersey», etc. Nos lectrices et lecteurs se rappellent peut-être encore l’affaire de Worms (Allemagne) dans laquelle, au milieu des années 90, des dizaines d’adultes ont été accusés par erreur d’actes de pédophilie. Ce scandale judiciaire a eu de lourdes conséquences: la séparation d’enfants de leurs parents, le placement en détention provisoire d’adultes, la destruction de nombreuses familles et d’importants traumatismes pour beaucoup d’enfants. Des cas similaires se sont également produits dans d’autres pays, souvenons-nous plus récemment de l’affaire d’Outreau en France. Le point commun de toutes ces affaires est celui de la diffusion à la fois très rapide et très large d’informations concernant la supposition d’un abus sexuel sur des enfants, d’un cas de maltraitance, voire de meurtre, d’enfants. Les spéculations poussent comme des champignons et aucune restriction n’est faite quand il s’agit de publier des compléments d’information. Par contre, si les horreurs ainsi commentées doivent ensuite être démenties, une petite annonce sous la rubrique Actualité en bref est tout juste suffisante, et plus question de détailler ni d’en faire la une. La violence et le sexe sont des sujets qui font vendre; encore plus, si des enfants sont concernées. Cela n’est pas nouveau. En revanche, il est curieux de constater avec quel intérêt les annonces d’horreur, notamment quand elles impliquent des enfants, sont accueillies par les lecteurs, contrairement aux avis de rectification qui, normalement, devraient réjouir davantage le lectorat. En effet, les enfants et les êtres humains victimes de crimes atroces sont des sujets à discussion bien plus appréciés, bien plus préoccupants, bien plus souvent traités par des gros titres que les thèmes moins violents. Et ce, peu importe le support médiatique. Il convient aussi d’ajouter qu’il est effectivement difficile de croire que des centaines d’individus, de personnes touchées et de témoins, mais aussi de nombreuses administrations, puissent se tromper dans une telle mesure. Mais les procès qui connaissent un emballement médiatique ne doivent pas être sous-estimés - ni les erreurs de souvenirs collectifs, d’ailleurs. |
Auteur: Chantal Billaud le 26.11.2008 Ã 06:52:27 h
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Quel est le point commun entre la protection de l’enfant et l’île de Jersey? Pourquoi nous sentons-nous davantage touchés par les annonces de malheur que par celles de bonheur? Voici quelques réflexions sur les informations véhiculées par les médias.